dimanche, 12 juillet, 2009
"C'est le Maroc !"
Voilà l'expression favorite de Moufid quand je lui fais quelque remarque sur tel ou tel aspect qui suscite mon étonnement ou mes questions.
Avec Saïda, sa femme, Moufid est responsable du 2ème centre de l'ARDES à Rabat où j'ai enseigné le français cette année. Depuis fin mai, il n'y a plus aucun cours, les élèves sont en stage dans un restaurant ou un hôtel que Moufid ou Saïda leur ont trouvé.
27 élèves dans ce 2ème centre ! Deux petites pièces au mobilier rustique : tables, chaises, tableau noir et craies. La cour intérieure a été aménagée pour faire les TP de cuisine : table, gazinière, évier.
Pendant les menus d'examen qui se sont déroulés au mois de mai, j'ai pu observer (avec surprise, souvent) la manière de faire la cuisine, utilisant des titres de recettes françaises, tout en gardant sauve la fabrication à la marocaine ! Mais cela concernait la responsabilité du professeur de cuisine, qui n'est autre que le directeur-président de l'ARDES. Beaucoup d'étonnements de ma part, et beaucoup d'efforts pour ne rien dire. En effet, risquant une remarque, on me répond : "je connais, ça fait 6 ans que je fais ça !" Si je dis ensuite mon étonnement, Moufid répond "c'est le Maroc !"
Donc les menus d'examens ont été faits en mai à Salé et à Rabat. J'ai dû y assister (à la demande du directeur) et, consciencieusement, j'ai pris cahier et crayon pour noter mes observations (je m'étais mis quelques critères en tête) sur chaque élève. Exercice difficile, car tout le monde parle en darija (dialecte marocain), alors j'ouvre les yeux davantage ! J'ai ainsi pu admirer comment on fait le pain (normal ou pain semoule), les briouattes, la harira, et même la pastilla ! Dommage que le service à table se déroulait longtemps après la cuisson, il a donc fallu manger froid tout en disant que c'était bon !!! A cela Moufid dit "c'est le Maroc !" Je lui réponds pourtant que ça ne se passe pas comme ça dans les restaurants !
Maintenant je sais que mes observations des menus d'examen n'auront servi à rien car le directeur/professeur de cuisine a déjà donné des notes pour chacun. J'imaginais naïvement que le "jury d'examen" qui doit se réunir le 27 juillet aurait eu cette tâche, entre autres…. "C'est le Maroc !"
Quant à moi, j'ai dû leur faire faire un examen oral de français, assez diversifié pour éviter la triche. Je n'ai pas pénalisé les élèves, mais je suis soumise à un cas : des élèves ne sont pas venus à l'examen, j'ai donc signalé "absent" sur le récapitulatif. Depuis hier, je sais qu'il faut leur attribuer une note quand même, car Moufid ne peut pas finir son total… Comment faire sans tomber dans l'arbitraire assez courant ?
La dernière tâche qui m'incombe avant de finir l'année est la correction du rapport que chacun fait après son stage. En cours, nous avons travaillé sur l'écriture d'un rapport de stage. Je vais donc me baser sur cet apprentissage. Mais d'ores et déjà, quelques surprises m'attendent. Le premier exemple m'arrive avec un très beau rapport, bien présenté, au contenu correct et bien écrit. Je suis confrontée de nouveau à un problème, car son auteur a eu 2/20 à l'examen final de français, souvent absent aux cours, il ne voulait pas de contrainte et baratinait son père sur les présences aux cours !!! Mais pour avoir son diplôme, il faut faire un stage et présenter un rapport !
N'imaginez pas cependant que tout se fait dans cet esprit dilettante et combinard (dirions-nous en France). Il est vrai que j'ai été assez désarçonnée, voire même déstabilisée dans certaines circonstances. Mon souci était de faire le maximum pour que les élèves puissent progresser un peu. Avec eux, je pense avoir établi une relation sympa qui a permis à ceux qui s'exprimaient à peu près bien en français de dire leurs difficultés et leurs inquiétudes, quand on n'a pas eu la chance de fréquenter une école privée et qu'on n'a pas réussi ! Mais, selon mon partenaire, ces conversations ne sont pas l'objet de mon contrat de volontariat !
La question de l'enseignement est une question cruciale au Maroc (j'y reviendrai), la question de la formation professionnelle aussi. La présence d'un "volontaire" pouvait permettre de rendre la formation donnée un peu plus qualifiante. Travailler dans un esprit d'équipe avec les encadrants semble une voie minimum : cela n'a pas été possible. Aussi, en accord avec la DCC, à la fin août, j'arrête le contrat avec l'ARDES. Une autre perspective s'envisage actuellement pour la 2ème année de volontariat au Maroc, je la développerai à la rentrée, après le ramadan.
Bonnes vacances à tous ! Bon repos pour recharger les batteries !
J'essaierai de continuer les chroniques plus régulièrement. Merci à ceux et celles qui font signe et donnent leurs réactions.
samedi, 25 avril, 2009
l'activité de Caritas Maroc
Du 27 au 30 avril 2009 va se tenir à Rabat la rencontre de Caritas Maroc avec ses différents partenaires, en particulier les partenaires bailleurs européens. A cette occasion il m'a été demandé de faire une petite note de présentation de l'action de Caritas en direction de la société civile Marocaine. C'est celle-ci que je vous restitue ci-dessous :
1 - Les bases de l'action de Caritas Maroc dans le domaine du développement
L'action de Caritas Maroc en direction du secteur associatif marocain est guidée par une note d'éclairage qui a été débattue en conseil épiscopal du diocèse de Rabat en décembre 2008.
Dans cette note il a été demandé à Caritas Maroc au titre de l'action sociale de l'Eglise d'accompagner, dans la mesure de ses moyens, l'éclosion du secteur associatif marocain qui a vu le jour depuis une dizaine d'années.
En ce qui concerne les domaines d'action, la priorité aux associations œuvrant dans les secteurs suivants a été préconisée :
- action en direction des handicapés
- action de promotion de la femme (moudawana, alphabétisation, activités génératrices de revenus)
- le développement dans le secteur rural : eau potable, scolarisation
- le soutien aux réseaux associatifs
- le renforcement de capacités des associations.
En ce qui concerne les secteurs géographiques, plus que le choix d'une intervention concentrée sur une zone donnée, l'intervention sur l'ensemble du territoire du diocèse a été préférée.
L'intégration des équipes Caritas (Agadir, Marrakech, Casablanca, Rabat) dans cette démarche a été souhaitée. Pour cela le texte préconise que ces équipes Caritas se dégagent du "tout caritatif".
" Si tu donnes un poison à un homme il mangera un jour
Si tu lui apprends à pécher, il mangera tous les jours"
Le texte préconisait également une plus grande communication de la Caritas en direction des chrétiens du diocèse.
2 – Les partenariats avec le secteur associatif marocain en cours et en projet
A la fin avril 2009 la photographie suivante peut être faite concernant l'action de Caritas Maroc développement :
- 21 projets en cours : Projet en cours : c'est-à-dire une convention est passée entre Caritas Maroc et une association
| Domaines d'intervention | Niveau financier | Total financier | ||||
| Handicap | 8 | Inférieur à 25000 DH | 7 | tous projets | ||
| jeunes | 5 | Entre 25 000 et 50 000 DH | 1 | En dirhams | ||
| développement rural | 1 | ----- | Entre 50 000 et 100 000 DH | 7 | ---- | 2 500 000 |
| promotion féminine | 5 | Supérieur à 100 000 DH | 6 | En euros | ||
| santé (sida) | 1 | Environ 230 000 | ||||
| réhabilitation logement | 1 | 1 euro = 10.9 dirhams |
- 12 projets en préparation
| Domaines d'intervention | Niveau financier | Total financier | ||||
| Handicap | 3 | Inférieur à 25000 DH | 2 | tous projets | ||
| jeunes | 4 | Entre 25 000 et 50 000 DH | 4 | En dirhams | ||
| développement rural | 1 | ---- | Entre 50 000 et 100 000 DH | 1 | ---- | 1 800 000 |
| promotion féminine | 3 | Supérieur à 100 000 DH | 5 | En euros | ||
| Appui à une fédération | 1 | 165 000 |
- 1 Projet transversal " renforcement des capacités"
Il s'agit d'un projet en direction de l'ensemble des associations en contact avec Caritas Maroc et portant sur la formation associative.
Nous avons lancé un questionnaire sur les besoins à plus de soixante associations marocaines.
A ce jour 52 associations nous ont exprimé leur besoins.
Les thèmes principaux demandés sont :
- le fonctionnement associatif
- la comptabilité des associations
- la communication
- la diagnostic participatif
- le montage de projets
- le travail en réseau
- le plaidoyer
Après dépouillement des réponses des associations, nous allons lancer un appel d'offres auprès des organismes marocains de formation associative.
Les formations seront organisées au dernier trimestre 2009.
Elles seront organisées par zone géographique du Maroc :
- zone Casablanca – Rabat – Mohammedia – Salé
- zone Oujda – Fes – Taza – Berkanne
- zone Midelt – Azilal – Marrakech – Errachidia
- zone Agadir – Taroudant – Ouarzazate
Un budget de 350 000 dirhams (environ 32 000 euros) a été obtenu à cet effet après du Secours Catholique et auprès de la Conférence épiscopale italienne.
dimanche, 05 avril, 2009
Visite de la famille Fuseau
Voir les rubriques photos "Visite Alexis et Natacha" et "visite dans le sud"
Alexis, Natacha (notre fille), Mathilde et Félicien sont arrivés le 21 mars et repartis le 2 avril. Pendant cette période j'étais en vacances et Yannick ne travaillait qu'au début de la première semaine.
Nous avons été les chercher à l'aéroport de Casablanca, distant de 90 km de Rabat (1h30 en voiture). Il y a beaucoup plus de vols France – Casablanca que de vols France – Rabat.
Toute la petite famille découvre notre appartement. Ils nous ont apporté quelques gâteries ; saucissons, fromages, muscadet, autant de produits difficiles à trouver au Maroc et de toute façon excessivement chers.
Nous restons quelques jours sur Rabat pour découvrir :
- la casbah des Oudayas (ancien village de pirates sur Rabat), aujourd'hui le coin des "bobo"
- la plage de Rabat, Mathilde y prend un bain de pieds
- la médina, plusieurs fois
- le village des potiers de Salé
- etc.
Nous profiterons de ce séjour sur Rabat pour déjeuner chez Fatima, présidente d'une association pour handicapés avec qui je travaille, ainsi qu'à l'Ardes (association de Yannick) où nous serons servis par les élèves qui apprennent la cuisine.
Le vendredi 27 mars, départ vers les sud du Maroc. Nous sommes invités à passer quelques jours chez Mohammed Khamis, vice président de la fédération Anti Atlas.
Direction Assaki, petit bourg rural dans la chaîne de montagnes de l'Anti atlas, entre Taroudant et Ouarzazate.
Pour accéder au douar (village) de Mohammed, il faut terminer en 4/4, en effet les quatre derniers kilomètres se font sur une piste inaccessible à un véhicule ordinaire.
Le village de Mohammed est un village ordinaire de montagnes au Maroc :
- zone de moyenne montagne : le village est à 1000 mètres, les sommets avoisinants arrondis entre 1500 et 2000 mètres.
- du village on aperçoit la chaîne du haut Atlas, située à une centaine de kilomètres et dont le sommet principal le Toubkal culmine à 4165 mètres.
- les maisons sont exclusivement en pisé, terre rouge du Maroc.
Nous allons vivre 3 jours là, dans un village berbère, exclusivement à la marocaine :
- repas à la marocaine avec tables basses et coussins, nourriture : tagines
- couchage à la marocaine sur des banquettes disposées autour des pièces.
La vie des villageois est sommaire et rude. Certains villages n'ont pas l'eau ou l'électricité, certains aucun des deux.
Les agriculteurs pratiquent une agriculture de subsistance :
- de l'orge
- des caprins (chèvres) ou mouton
- l'arganier qui donnera l'huile d'argan (le Maroc en est le seul pays producteur au monde)
Nous sommes accueillis au village par Mohammed, Fatima (sa tante), et Aïcha (la femme de son cousin).
A partir de plusieurs promenades à pied nous découvrons les douars environnants ainsi que leurs habitants. L'accueil est toujours très amical. Les femmes sont très intéressées par Mathilde et Félicien, peau blanche, cheveux blonds, yeux bleus, pas vraiment le type marocain!
Le dialogue est limité, les personnes parlent en amazigh (langue berbère).
Le samedi j'en profite pour assister à l'assemblée générale annuelle de la fédération Anti Atlas : 140 personnes présentes, 41 associations représentées.
Ces trois jours ont été d'un dépaysement total, nous étions dans un autre monde. Le voyage aller et retour (chaque fois un jour) nous a fait traverser une grande partie du Maroc avec ses contrastes : paysages – sols fertiles et arides – richesse et pauvreté – personnes des villes et des campagnes.
6 semaines de silence sur le blog !
Certains s'inquiètent, se demandent ce qui se passe… Que nous arrive-t-il ?
Nous devons donc quelques réponses.
Peut-être cela est-il le signe d'une acclimatation plus profonde ! En tout cas, les activités ne manquent pas ; sans être complètement intensives, on peut dire qu'elles nous occupent assez.
Et pourtant, à chaque fois que nous faisons de nouvelles choses, ou que nous découvrons d'autres facettes de la vie marocaine, nous avons envie de partager avec vous ! Il faut aussi garder un certain équilibre de vie et peut-être, les marocains ont un peu déteint sur nous, on n'a pas envie de "speeder".
Veuillez nous excuser donc pour ces longues semaines. Je vais essayer de vous dire l'essentiel de ce que nous avons fait pendant ce temps, sachant que nous reviendrons sur certains aspects, sans doute.
Avant ce 21 février (date de notre précédent article), une semaine marquante s'est déroulée : "la session des nouveaux arrivés au Maroc". Organisée par l'Eglise catholique au Maroc, elle fut d'une grande richesse. Le compte-rendu pour la revue du diocèse m'a occupée un certain temps. Je vous en parlerai.
Puis la première semaine de mars nous a permis la rencontre de nos chargées de mission de la DCC, Violaine et Astrid, venues nous rendre visite et regarder nos missions respectives.
Entre temps, Jacques est allé 4 jours dans le sud : Agadir, Taroudant, Ouarzazate. Puis la semaine suivante dans l'est, à Oujda.
Quant à moi, on m'a confié la réalisation d'un petit bulletin (4 pages) pour Caritas. Cela n'existait pas, et beaucoup de gens ne connaissent pas et ne savent pas ce qui s'y fait. J'ai donc accepté de le faire, mes activités à l'ARDES me laissent du temps ! Ce bulletin est actuellement en voie d'impression.
Puis il y a eu la fête du Mouloud (congés pour certains Marocains) et les festivités de Salé la veille : la procession des cierges. Peut-être certains ont-ils vu un court reportage de cette procession sur France 2 le dimanche 8 mars dans les émissions religieuses !
Un week-end, nous avons hébergé amie et famille d'une coopérante DCC à Kénitra, puis Marie et Laurent, coopérants également à Kénitra. Ces visites spontanées font beaucoup de bien et permettent d'échanger sur notre environnement.
Il y a eu aussi le 2ème contact, pour moi, avec l'association Solidarité Féminine à Casa. J'en reparlerai sans doute.
Et enfin, une 1ère visite de la famille : Natacha, notre 2ème fille, son mari et ses enfants Mathilde et Félicien sont venus 12 jours avec nous. Quel bonheur ! Jacques vous le raconte déjà.
Je souhaite à tous de joyeuses fêtes de Pâques, et à ceux qui ont vécu des moments douloureux de maladies et de deuils, l'espérance en un "à-venir" pacifié.
samedi, 21 février, 2009
Nous refusons le silence imposé aux pauvres
Un texte que nous a envoyé Maurice, et que nous avions envie de partager avec tous. Il est un peu dur à lire, mais cela vaut le coup de s'accrocher. A noter que dans les signataires, il y a au moins deux évéques. Etant au Maroc nous sommes peut être un peu plus sensibles aux conséquences sur les plus pauvres.
Tous les pays du monde sont atteints par une crise qui frappe en priorité et de plus en plus durement les centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants dont les moyens d’existence sont, depuis des dizaines d’années, insuffisants et, pour beaucoup, diminuent encore.
Au Nord comme au Sud, autour de chacun de nous en France, cette pauvreté innombrable et multiforme est un scandale face aux richesses produites, aux fortunes étalées et aux moyens scientifiques et techniques qui pourraient permettre un mieux-être mondialisé. Les médias s’intéressent moins à ces foules démunies qu’aux banques et aux banquiers. Les prises de risque et les malversations des financiers, opérées avec cynisme et conformes le plus souvent à des législations complaisantes, sont présentées comme la cause première de la crise. Or elles n’ont fait que la précipiter.
Il faut au contraire rechercher les racines du marasme dans l’amenuisement généralisé et déjà ancien du coût du travail par les délocalisations, l’exploitation forcenée des mains-d’oeuvre à bon marché et le développement d’un chômage de masse ; les rechercher aussi dans l’affaiblissement depuis longtemps programmé de la syndicalisation, dans la mise en cause des services publics et des systèmes de protection sociale. On cherche ainsi à en assurer la privatisation et on permet la montée en force des fonds spéculatifs de placement et de pension. La crise est née et elle se nourrit d’un tel système.
La financiarisation a gangrené l’économie dans le monde entier, exigeant une rentabilité de plus en plus rapide à des taux dépassant de très loin ceux que la qualité de la production et la santé des producteurs peuvent normalement supporter. Tous les domaines de l’activité humaine ont été pervertis.
La recherche scientifique et médicale, l’éducation, la santé publique, l’information, la création artistique se heurtent aux impératifs financiers comme en témoignent, entre autres, les dérives du marché de l’art. Une idéologie de la rentabilité a été forgée par les tenants du système et les spécialistes du discours à leur service. Elle a été habilement diffusée, opposant l’individualisme et l’égoïsme à la solidarité, aux luttes et solutions collectives. Elle est soutenue et mise en pratique par de nombreux politiciens et gouvernements comme étant la seule valable.
À tous les niveaux, les institutions financières ont restreint les crédits à long terme et à taux bas nécessaires aux investissements productifs et, plus encore, sociaux, ce qui a gravement nui au développement de nombreux pays. Elles ont au contraire développé les crédits à court terme et à taux élevé pour des placements financiers et des consommations immédiatement rentables.
L’endettement massif d’accédants à la propriété aux ressources très insuffisantes devait fatalement déboucher sur une catastrophe. Elle a éclaté d’abord aux États-Unis où l’excès est allé le plus loin. Les millions de foyers américains qui se retrouvent sans logis prouvent dans la douleur que la financiarisation aggrave la pauvreté. L’implication des banques du monde entier dans cette perversion du crédit en montre les limites en dépit de ses outils mathématiques sophistiqués. Pendant ce temps de grandes firmes constituent des empires en contrôlant la production et le commerce des matières premières industrielles et agricoles.
Prétendre moraliser un tel système relève au mieux de l’illusion, au pire de la mystification. Les énormes capitaux publics que les gouvernements leur ont distribués n’ont pas modifié les pratiques des banques privées. Si leurs échecs conduisent celles-ci à moins miser, pour l’instant, sur l’endettement des consommateurs, elles refusent encore plus qu’auparavant d’accorder des crédits productifs d’emplois qu’elles continuent à juger insuffisamment rentables de leur point de vue strictement financier. Leurs dirigeants et, en général, les élites de l’économie et de la politique paraissent incapables de penser selon d’autres critères. Sévères envers les travailleurs, toujours trop coûteux à leurs yeux, oublieux des sans travail, des sans terre, des sans logis, des sans papiers que leurs décisions multiplient,à l’affût de la moindre accalmie pour reprendre leurs jeux dangereux, ils se montrent très soucieux de leurs faramineux avantages personnels. Peut-on leur faire confiance pour modifier l’ordre ou plutôt le désordre actuel ? Les laisser maîtres des décisions majeures qui doivent être prises ne peut qu’aggraver la crise mondiale et ses dramatiques conséquences pour l’humanité, la paix mondiale et la planète elle-même, dont l’équilibre écologique est de plus en plus menacé.
Nous avons en commun le souci de la libération humaine et de la défense des victimes de l’intégrisme financier. Nous refusons le silence imposé aux pauvres. C’est pourquoi nous lançons, plus qu’un cri d’alarme, un appel à la mobilisation populaire. Comme en d’autres heures graves de l’histoire de la France et du monde, ce n’est pas sur la bonne volonté des privilégiés qu’il faut compter mais sur l’action du plus grand nombre. Nous ne prétendons pas offrir des solutions qui doivent être inventées par les intéressés eux-mêmes. Ce ne sont pas les propositions d’économistes, de philosophes, de syndicalistes, de politiques qui manquent le plus, mais la volonté et le courage de s’attaquer à la racine du mal financier qui ronge nos sociétés afin de remettre la finance à sa place qui doit être seconde. Il faut pour cela mettre en commun les bonnes volontés, faire converger les efforts, développer voire restaurer les solidarités populaires mises à mal par des politiques destructrices du lien social. Il est aussi indispensable de faciliter les prises de conscience, de souligner que la sortie de crise sera collective ou qu’elle ne sera pas et qu’elle nécessite une maîtrise citoyenne de l’économie.
Toute action, toute mobilisation en ce sens, si partielle soit-elle, favorisera le vaste mouvement d’émancipation qu’exige la situation en France, en Europe et dans le monde. Si celui-ci ne se développe pas, le risque est grand de voir surgir des hommes prétendument providentiels, inventeurs de solutions autoritaires.
Dès lors, l’action politique se révèle décisive. Elle nécessite bien sûr la recherche de convergences pour des objectifs particuliers ou généraux, locaux, nationaux, européens ou planétaires. Elle nécessite tout autant, sinon plus, une grande détermination. Ce n’est pas en abaissant les ambitions et les visées que l’on parvient aux rassemblements les plus larges. Ce sont au contraire celles et ceux qui donnent à voir le plus loin et à rêver le plus haut qui les aident à naître et à grandir.
Georges Arnold, Jacques Benezit, Antoine Casanova, Jacques Couland, Patrick Coulon, Joël Dautheville, Yves Dimicoli, Roland Farré, Dominique Fontaine, Françoise Hurstel, Jean George, Jean-Pierre Jouffroy, Jean Magniadas, Jean-Louis Papin, Jean-Claude Petit, Patrick Ribau, Albert Rouet, Claude Schockert.
Ces premiers signataires forment un groupe de réflexions et d’échanges placé sous le patronage de Félicité de Lamennais qui, en son temps, dénonçait déjà le silence imposé aux pauvres. Ce texte est à la disposition de celles et ceux qui veulent l’approuver, le diffuser, l’utiliser à leur gré dans d’autres groupes citoyens.
Contacts ► Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen
01 40 12 39 93 - georges.arnold@wanadoo.fr
► Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris
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